samedi 7 avril 2012
samedi 17 mars 2012
lundi 5 mars 2012
Tiré du Courrier International fin février 2012 (Article du New York Times)
Zombies, strophes et catastrophes
Jamais les morts-vivants et autres cadavres ambulants n’ont été aussi à la mode. Et ils suscitent désormais une poésie pleine de surprises et de chairs décomposées… Les temps sont peut–être durs, mais si vous être un zombie, l’avenir vous sourit. Jamais les non-morts n’ont été aussi en forme. Que ce soit dans des jeux vidéo comme zombie panic, un monde infesté de cadavres titubants qui se gorgent de chair humaine. La terreur des zombies, fantasme apocalyptique ou les morts se mettent à chasser les vivants pour leur dévorer le cerveau, contamine aujourd'hui l’imaginaire populaire comme le faisait la menace d’un holocauste nucléaire dans les années 1950.

j’en avais deux,
En arrivant,
Mais j’ai dû
Quelque part »
« Eternelle question :
Ou n’est-ce que faim, cervelle et viande ?
Ne vous leurrez pas, le zombie souffre,
C’est la souffrance elle-même qui n’a plus de sens »
Megan Thoma s’attaque au sujet de façon encore plus saignante. Elle écrit :
« Et si on jouait au sexe zombie… Tu manges. Je gémis. Et nous ne sentons rien ni l’un ni l’autre »
Certains poètes zombies envisagent que l’amour reste possible, un ou deux détails peu ragoûtants près. Ainsi, écrit Chad Anderson dans Ten Things You Didn’t know About Being a zombie (Dix choses à savoir sur la vie d’un zombie) :
En termes poétiques, être un mort-vivant n’est pas rose tous les jours. Pâles et séduisants, les vampires jouissent d’un cachet littéraire depuis bientôt deux siècles. Les zombies, eux, certes blafards mais plutôt repoussants, pâtissent d’un incontestable problème d’image. Dans I Hate zombies like you Hate Me (je hais les zombies comme vous me haïssez), Scott Woods lance :
Le mort-vivant n’a pas la classe, mais il n’en interpelle pas moins. Et, en fin de compte, peut-être est–il plus propice à l’imagination. « j’ai écrit quelques poèmes de vampire, mais j’ai toujours pensé que les vampires étaient trop personnalisés » déclare Victor Infante, créateur du journal de poésie en ligne Radiuslit.org. « Il faut presque toujours qu’ils deviennent des personnages. Par définition, un zombie n’a pas de personnalité, on peut donc se concentrer sur la métaphore ».
Dans le Zombie de George Romero (1978), les morts-vivants envahissent un centre commerciale et s’y livrent à une lugubre parodie d’un consumérisme décérébré. Pour les poètes, le zombie est une métaphore du préjugé de classe, du racisme, du colonialisme. Les critiques davantage tournés vers la psychanalyse voient dans la peur primale du cadavre ambulant une sorte de culpabilité du survivant, que ressentent les vivants en présence des morts. Pour les critiques influencés par le marxisme, le zombie incarne les victimes économiques du capitalisme.
D’autres poètes n’associent pas l’apocalypse zombie à des interrogations cosmiques. Pour eux, les non-morts qui grouillent en gémissant sont des nuisibles, comme les termites. Dans The last Hipster, Brennan Bestwick considère les hordes de zombies comme une offense au style, un hideux défilé de clichés. Autrement dit, ils sont comme tout le monde. « En toute honnêteté, je ne vois pas en quoi les zombies sont pires que la plupart des gens. Ils sont tout aussi ennuyeux et prévisibles », constate le narrateur, assiégé.
Zombie Haiku (2008), un journal de l’apocalypse tenu par Ryan Mecum en strophes de trois vers qui claquent comme des rafales, se vautre dans la chair en putréfaction, les yeux qui pendent, les membres arrachés et les viscères déversés. Enfin, la poésie zombie souffre d`une trop grande tendance à la comédie, sous la forme d’épigrammes ironiques de cinq vers et de parodies comme The zombie night before christmas (Une visite de saint zombie).